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Bolivie – Le Tinku, rituel guerrier en l’honneur de la Pachamama

 

Le Tinku est une cérémonie millénaire, qui a lieu dans la région andine de Bolivie (actuellement dans les départements de Potosí et Oruro). Le mot «Tinku» veut dire « rencontre » en Quechua (langue autochtone descendante de la civilisation Inca, parlée en Bolivie), et signifie « attaque physique » en Aymara (langue descendante de la civilisation Tiahuanaco). À cette époque, le royaume de Qaraqara prospérait dans cette partie de la Bolivie. Les guerriers Qaraqara étaient très connus et redoutés pour leurs pratique de guerre, et lorsqu’une personne importante arrivait dans ce royaume, une démonstration de techniques de guerre était organisée.

 

Macha était la ville la plus peuplée de la région à cette époque, et tout porte à penser que c’est là-bas que le rituel du Tinku a commencé, car les guerriers s’y retrouvaient pour réaliser des démonstrations de guerre. Lorsque l’empire Inca colonisa cette région, l’empereur souhaita que ses gardes personnels soient des guerriers Qaraqara. Un combat était alors organisé et les gagnants devenaient les gardes de l’empereur Inca.

Au fil du temps, la démonstration de technique de guerre est aussi devenue une cérémonie religieuse, dont l’objectif était d’offrir le sang des hommes à la Terre Mère ou Pachamama, afin que la récolte soit bonne. La communauté qui gagnait la bataille dominait la région pendant toute une année. Le Haut Plateau des Andes est aride et l’eau y est rare, c’est pourquoi les différentes communautés se battaient continuellement pour avoir accès au fleuve afin de pouvoir maximiser leurs récoltes et s’approvisionner en eau. La communauté qui gagnait la bataille lors du rituel du Tinku, avait accès au fleuve pendant toute une année.

Ce conflit pour l’accès au fleuve, ou la domination de la région sur les autres communautés, a provoqué nombre de morts et laissé pour orphelins de nombreux enfants, dont fait partie Francisco Chocamani, qui nous a raconté son histoire. Il nous a expliqué qu’à l’arrivée au pouvoir de Evo Morales Ayma, un projet de sensibilisation fut organisé, en 2008, pour arrêter cette guerre entre les communautés. Le président étant d’origine indigène, il souhaitait que les peuples indigènes de Bolivie se comportent en frères et non en ennemis. Les représentants de chaque communauté de la région ont été réunis dans la ville de Cochabamba, dans une autre région du pays. Là-bas, ils participèrent à un stage de sensibilisation, afin qu’ils transmettent à leur clan respective le message du gouvernement pour la paix entre les différents clans. Le défi le plus difficile à relever aujourd’hui, comme nous l’expliqua Francisco, c’est de convaincre les orphelins de ne pas venger la mort de leurs parents.

Evolution du rituel du Tinku:

Aujourd’hui, la fête du 3 mai durant laquelle se déroule le rituel du Tinku, est la fête catholique du «Seigneur de la Croix». Les espagnols ont ainsi introduit un élément extérieur à cette cérémonie, qui n’échappa pas au syncrétisme religieux, omniprésent en Amérique latine. Ce jour-là, Jésus est habillé avec des vêtements traditionnels de la région et est équipé d’un fouet, symbole de l’autorité autochtone.

Depuis quelques années, la cérémonie est devenue touristique et la police est présente lors des affrontements, pour éviter qu’il y ait des morts. Pourtant, s’il n’y a pas de morts, les clans considèrent que la récolte de l’année ne sera pas bonne, car l’offrande à la Pachamama n’est pas assez importante. C’est donc une bataille aussi entre la vision occidentale du respect des Droits de l’Homme et la cosmovision andine de l’échange, entre la Terre Mère et les hommes. L’usage de lance-pierre et de fouet n’est plus autorisé de nos jours, et est puni par une amende. Cependant, les communautés qui pratiquent le Tinku dans des endroits reculés ne sont pas contrôlées par la police et il est fort probable que certaines cérémonies se déroulent encore avec les armes traditionnelles.

Depuis quelques années, la danse du Tinku est devenue à la mode, et elle est dansée lors des grands défilés urbains et au carnaval de Oruro. Ce ne sont pas des personnes appartenant aux communautés qui y défilent, mais des jeunes gens des classes moyennes urbaines. Ces défilés sont accompagnés d’orchestre avec des instruments en bronze et non les instruments du Tinku, qui sont le charango, une toute petite guitare andine, et des instruments à vent en bois.

Le Tinku actuel :

De nos jours, le rituel du Tinku se déroule le 2 et le 3 mai de chaque année. Les différents clans qui participent à la cérémonie se rendent à pied à Macha, ville où se déroule la plus grande cérémonie du Tinku. Comme le Tinku est pratiqué dans le sud du département de Oruro et le Nord de celui de Potosí, certaines communautés se retrouvent dans d’autres endroits que Macha, à cause de la distance mais aussi parce que les participants n’apprécient pas la présence de personnes extérieures aux clans lors de la cérémonie, qu’ils soient boliviens ou étrangers.

Les participants se réunissent le 2 mai au soir, et tous les clans se retrouvent pour danser ensemble et festoyer en buvant de l’alcool de maïs, appelé chicha. Chaque groupe défile et exécute des danses, et les festivités durent toute la nuit. Les hommes jouent la musique traditionnelle de cet évènement et les femmes chantent en Quechua dans des tons très aigus.

Les affrontements commencent le lendemain, le 3 mai, et les hommes et les femmes y participent. Les luttent se font entre deux personnes, corps à corps. Les femmes incitent à la bataille et s’occupent également des blessés, lorsqu’elles ne se battent pas. Pendant la nuit qui suit les affrontements, les participants lavent toute la place, qui est propre et vide le lendemain matin.

Le Tinku est donc un bien petit mot qui regroupe d’une part une cérémonie millénaire de démonstration de force et d’offrande à la Pachamama, d’autre part un conflit de pouvoir entre les communautés de la région, mais aussi une expression du syncrétisme religieux et culturelle en Bolivie.

Sources :

http://www.tinkus.net

http://www.pieb.org/tinkuoruro/articulos.htm

Interview de Francisco Chocamani, habitant de la région de Challapata, une des communautés qui participent au Tinku.

Marine Faillettaz

 

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ARENA de Dunkerque : du pain et des jeux.

Michel à la barre

En place, bien installé, à la tête de la mairie de Dunkerque depuis plus de 25 ans, Président de la Communauté Urbaine de Dunkerque depuis 1995, Michel Delebarre règne en maître sur l’agglomération dunkerquoise. Et rien ne le fait vaciller. Quelques turbulents, par-ci par-là, qu’on achète avec une petite friandise, mais rien de bien méchant qui remettrait en cause sa gestion de la cité de Jean Bart.

Si on fait quelques recherches sur le personnage sur internet, on tombe sur cet article de Libération, datant de 1998 qui permet de se rendre compte que si le melon est la spécialité de Cavaillac, il aurait pu devenir aussi celle de Dunkerque :

«Je suis un homme à faire prendre des mayonnaises, un homme à fabriquer du consensus, à fabriquer du socialiste». Tout de même, Michel Delebarre jette un oeil sur l’élastique de ses chaussettes: «Alors là je me fais des chevilles. Allez, vous traduirez tout ça en termes acceptables». Traduction: Michel Delebarre ne doute de rien, et surtout pas de lui1.

Par ailleurs, lors de cet entretien avec Libération, Delebarre se présentait comme «un homme de crise» plutôt «qu’un homme de temps calme». C’était en 1998. Dix ans plus tard Dunkerque, comme tout le reste de l’Europe, se retrouve confrontée à une crise financière et économique sans équivalent. Mais heureusement, Capt’ain Delebarre est là pour éviter que le bateau coule.

On attend alors de lui, vu son expérience, une réaction réfléchie et pleine de bon sens. Et vous savez quelle est sa solution pour que Dunkerque soit un « territoire qui continue de bouger, qui contre vents et marées, continue de gagner« 2? Une salle de sport et de spectacle. Non vous ne rêvez pas, la crise, elle se combat avec un spectacle d’Holyday on Ice, et un match de basketball.

Panem et circenses

Son coût ? 113 millions d’euros à la construction et 185 millions d’euros sur 27 ans pour le groupe VINCI (merci le Partenariat Public Privé). Financé par les impôts des dunkerquois, ce projet représente 1500 € par habitant soit 6000 € pour un couple avec 2 enfants. Cela Capt’ain Delebarre ne l’évoque pas dans son blog.

En ces temps de crise, il est nécessaire que les citoyens se questionnent sur les bonnes et les mauvaises dépenses de l’État comme des collectivités locales. Car les répercussions économiques se feront ressentir directement sur le porte-monnaie des citoyens. Ainsi le contrat de Partenariat Public Privé signé entre Vinci et la CUD devrait être rendu public, pour qu’il puisse être décortiqué, analysé par des citoyens conscients des enjeux financiers. Car qui sait aujourd’hui par exemple, que le projet est hors-bilan comptable ? Et que l’engagement financier de la CUD est en vérité de la dette-cachée ? C’est dans un rapport de Standars & Poors3 qu’on trouve l’information. Vive la transparence financière de la CUD.

Monsieur Delebarre sait que les élections municipales approchent, et qu’il faut s’attirer la bienveillance de l’opinion populaire. Quoi de mieux alors que de promettre des jeux ? Ou du sport, pour jeter de la poudre aux yeux aux dunkerquois et ainsi masquer le vide. Car oui, la période de Delebarre à la mairie de Dunkerque n’est que du vide. Si la ville est si attractive, pourquoi aurait-elle perdue presque 10 000 habitants en 19 ans 4? Pourquoi les gens ne restent-ils pas ? Parce qu’il n’y a pas de travail pardi ! Avec un taux de chômage à 13% et une haute spécialisation dans la métallurgie, le bassin de l’emploi local est très restrictif.

Mais plus personne n’est dupe aujourd’hui, des voix commencent à s’élever contre le bien fondé de ce projet ARENA. Ce n’est ni pour le simple plaisir de râler, ni pour des vues électorales que nous agissons. Nous voulons nous mobiliser pour l’intérêt général, pas pour l’intérêt privé de quelques uns ou d’une entreprise comme VINCI qui se remplit déjà assez les poches sur le dos des contribuables.

D’autres priorités sont à privilégier, la santé (le CHD n’aura t-il pas besoin d’une injection massive d’argent ?), le logement (mettre aux normes énergétiques les logements ne serait-il pas une source d’emploi importante ?), l’éducation et la formation. Il faut aussi faire en sorte de rendre notre centre-ville plus attractif. Nous savons tous comment les commerçants du centre de Calais ont souffert de l’ouverture de Cité Europe, et nous ne voulons pas cela pour Dunkerque.

Les territoires qui résistent à la crise sont ceux qui investissent massivement dans leurs secteurs publics (Suède, Danemark, etc), pas ceux qui créent du vent en proposant des Grands Projets Inutiles, et veulent cacher la dure réalité de la crise à coups de strass et de paillettes.

Résistons et mobilisons nous pour secouer ceux qui se trouvent depuis trop longtemps à la tête de la CUD et sont coupés des réalités des habitants de la ville.

Montrons que les citoyens dunkerquois sont soucieux de leur avenir, et celui de leurs enfants.

Faisons en sorte que le projet de l’ARENA devienne un Notre-Dame-des-Flandres.

Guillaume Iraultza – Indigné dunkerquois

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4Selon l’INSEE, la CUD serait passée d’une population de 209 950 habitants en 1990 à 198 748 habitants en 2009.

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Hugo Chavez, anti-impérialiste, socialiste et latino-américain immortel

Carles Muntaner, Joan Benach,  Publico.es, 6 mars 2013

La mort d’Hugo Chavez a rempli de tristesse des millions de travailleurs ainsi que les classes populaires du monde entier. Elle a aussi créer chez les riches et les puissants du capitalisme en crise une vague de réjouissance. Malgré les millions de dollars destinés à écarter Chavez du pouvoir, le leader vénézuélien a réussi à améliorer les conditions de vie de son peuple et à transformer l’horizon politique de l’Amérique Latine en incarnant un tournant politique à gauche.

Au niveau économique, Chavez a obtenu une plus grande égalité en augmentant le salaire minimum, les pensions, et la rémunération du travail domestique, tout cela ayant eu comme résultat une notable réduction de la pauvreté et de l’inégalité de revenus. Malgré les contradictions que suppose le développement de la consommation des classes moyennes (par exemple, l’inspiration de chacun à posséder une voiture), Chavez proposa des alternatives socialistes qui ont été plus loin que la social-démocratie européenne. Nous trouvons alors au Venezuela des zones non capitalistes, des « entreprises de production sociale », de la cogestion et des coopératives, ainsi que plusieurs entreprises nationalisées.

Au niveau politique, Chavez a réussi à regrouper les groupes nationalistes et socialistes dans le Parti Socialiste Uni du Vénézuela (PSUV), et à maintenir un équilibre qui l’a amené à gagner plus de dix élections. Ses programmes sociaux, les fameuses  »Missions », ont apporté une attention particulière aux collines de Caracas et à la majorité de la population. La Mission Mercal a permis que les travailleurs accèdent à une alimentation de meilleure qualité, malgré les manques qui existent encore. Les classes sociales les plus exploitées ont eu un accès à l’éducation […] Les Conseils Communaux ont permis que les communautés affectés aient un contrôle direct sur la gestion des services sociaux parmi lesquels on trouve la santé publique, l’eau, la propriété, l’éducation, le sport, la prévention des risques pour la santé, et le logement Il est certain que des erreurs de planification ont été commises, mais aussi d’autres de nature différente. Mais, même avec des problèmes de planification urbaine, il est impossible de comparer le bien être apporté par un appartement meublé avec un ranch dans les collines. La corruption de l’entreprise étatique PDVSA s’est réduite. Le système judiciaire et la criminalité à Caracas ont continué d’être néanmoins très élevées. Peut-être cela est-il dû à l’aversion que Chavez avait de la répression étatique.

Au niveau culturel, Chavez a eu l’audace de rompre les barrières que le classicisme universitaire est entrain d’imposer à chaque fois avec plus de vigueur dans les pays du Nord. Le mal nommé  »populiste » ne l’était pas vraiment. Il conjuguait l’astuce d’un Fidel avec le romantisme du Che, ce qui le fera passer dans l’histoire des latino-américains immortels à côté d’Allende, de Neruda, Guevara, Marti et bien d’autres encore […] Il semblait être un homme plus cérébral, conscient et réfléchi que son image publique, et depuis toujours très courageux. Sa capacité de communication avec son peuple, les travailleurs du Venezuela, et par extension ceux de l’Amérique latine et du monde entier n’avait pas de comparaison. Il pouvait parler de Meszaros, Marx, Chomsky avec le même manque de prétention, de simplicité et de clarté que s’il parlait de baseball ou s’il chantait une chanson. Sans aucun effort, il cassait les barrières de l’élitisme de la classe moyenne-haute qui a fait de la culture un bien marchant à la portée de quelques-uns ayant un niveau d’études universitaires élevé. Il n’y avait chez lui pas un iota de complexité d’infériorité néo-colonial, d’admiration pour la culture anglo-saxonne, ou d’identification avec l’oppresseur. Cela lui importait peu de savoir ce que les impérialistes du nord pensaient de lui. C’était une des raisons pour laquelle les médias l’ont attaqué sans pitié et avec une ferveur frénétique.

Les spéculations sur le futur de la Révolution Bolivarienne, au moins celles faites au nord du Rio Grande sous-estiment le changement obtenu par Chavez. Au jour d’aujourd’hui il y a une intégration Latino-américaine en route. Le peuple Vénézuélien, « Chavez est le peuple », est conscient de ses droits constitutionnels et, est prêt à les défendre. Malgré le sectarisme, de la Bolibourgeoisie, des militaires de droites, de la Table de l’Unité Démocratique (MUD) et les interférences étrangères, il leur sera extrêmement difficile qu’ils réussissent à obtenir du peuple un pas en arrière surtout si les travailleurs et une partie de la classe moyenne s’y opposent.

La gauche timorée du Nord devrait apprendre beaucoup de lui, de son courage et de son aveuglante détermination à changer le cours de l’histoire. Il a refusé de suivre le scénario que le néolibéralisme impérialiste lui avait écrit. Il s’est pris pour l’héritier de Bolivar, il a fait en sorte que nous le croyons, et il a terminé par le devenir. Pour éviter la destruction de la planète, il manquera beaucoup de Chavez et beaucoup de peuples Bolivariens.

¡Uh Ah, Chavez no se va!

Traduction :Guillaume Jacquemart

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Le Carnaval en Bolivie

A l’Est du monde :

A ses origines ancestrales, le Carnaval était une fête célébrée en Egypte, à l’approche du printemps. Les Grecs la célébrèrent sur le modèle de l’Egypte puis les Romains, qui l’amenèrent en Europe Occidentale, comprenant la Péninsule Ibérique. Parallèlement, des nombreuses populations fêtaient chaque année, à leurs manières, la fin de l’hiver et l’arrivée du printemps. Toutes ces fêtes païennes furent ensuite récupérées par la célébration catholique du Carnaval.

Une fois le Catholicisme répandu en Europe, le Carnaval est devenu la fête précédant le Carême, 40 jours durant lesquels on ne pouvait plus manger de viande. En effet, le terme «carnaval» vient du latin «carnelevare», qui signifie «supprimer la viande».

A l’Ouest du monde :

Au XVème siècle, l’Empire Inca se fortifie en Amérique du Sud, plus particulièrement dans la région des Andes. Une des stratégies militaires élaborées pour coloniser les populations étaient de leur « permettre » de continuer à célébrer leurs fêtes traditionnelles. Les Incas avaient ainsi trouvé un moyen pacifique de ruiner les peuples colonisés, car ils dépensaient toutes leurs réserves alimentaires et financières, ce qui les rendait inaptes au combat et à la rébellion. Cela pouvait passer comme une faveur de la part de l’Empire, mais était en réalité une stratégie diplomatique pour rendre dociles les populations colonisées.

Lorsque les espagnols arrivèrent dans la région andine et comprirent l’avantage d’offrir aux populations autochtones le droit de continuer à célébrer leurs festivités traditionnelles, ils firent la même chose avec de nombreuses populations indigènes. Ce ne fut bien sûr pas le cas pour toutes les ethnies car nous savons bien que la plupart d’entre elles ont disparu en Amérique du Sud, mais ce fut le cas la région des Andes, plus particulièrement au Pérou et en Bolivie.

Le carnaval a été implanté en Amérique latine par les colons catholiques, mais lors de cette fête les peuples indigènes et les esclaves avaient le droit de participer aux festivités et de nombreuses expressions artistiques et culturelles ont pu ainsi survivre ou se créer et perdurer jusqu’à nos jours, «grâce» à la liberté d’expression accordée aux minorités lors de cette fête.

En Bolivie :

La Bolivie est le pays d’Amérique latine avec la population indigène la plus importante, plus de 50% de sa population totale. Cependant, bien que certaines traditions purement autochtones aient survécu, le syncrétisme culturel et religieux avec la culture espagnol et européenne reste majoritaire. Ainsi, juste après les fêtes de Noël, arrive le Carnaval. Le plus important est celui de la ville d’Oruro, qui se prépare toute l’année durant afin d’accueillir un défilé extraordinaire, qui dure 48 heures !

On peut observer lors de ce défilé des danses de tout le pays, métisses (comme la Morenada), purement indigènes (comme le Pujllay) ou cowboys (comme la Chacarera). De nombreuses danses étaient à leur origine des critiques du pouvoir ou du colonisateur, comme les Caporales dans les danses afro-boliviennes ou les Cusillos de la danse du Carnaval de La Paz, qui représente un colon espagnol autoritaire. Ce défilé extraordinaire est l’unique activité culturelle qui fait vivre la ville d’Oruro et lui a donné son prestige, avec la reconnaissance  de son Carnaval par l’Unesco comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité.

Cependant, n’oublions pas que les espagnols il y a 400 ans eurent l’idée de copier les Incas, en «accordant» aux peuples indigènes et aux esclaves le droit de continuer à réaliser leurs danses traditionnelles lors du Carnaval, ou lors de fêtes catholiques. Ceci dans le but d’appauvrir les minorités, qui dépensaient une partie importante de leur capital pour marquer l’évènement. Ceci était aussi une manière de satisfaire les populations soumises, qui chercheraient moins à se rebeller si on leur faisait ce genre de faveur.

Aujourd’hui, il est moins évident de considérer la célébration des fêtes catholiques comme une stratégie de colonisation et de pouvoir. Cependant, on observe en Bolivie un phénomène curieux : les classes moyennes dépensent des sommes impressionnantes lors de ces festivités, que ce soit en costumes, en alcool ou en organisant une procession religieuse, qui dure un, deux ou trois jours. En effet, certains costumes traditionnels peuvent coûter jusqu’à 5000 dollars américains (en Bolivie on utilise quotidiennement le dollar, ça arrange les multinationales), et ce sont les personnes qui choisissent de défiler pour tel saint ou telle vierge qui paient leur inscription au défilé et leur costume, entre autres dépenses. Des économies de plusieurs années parfois sont dépensées dans un défilé, pour l’honneur de la famille qui participera et démontrera ainsi sa «richesse». Ainsi, l’élite riche ne risque pas de voir la classe moyenne s’enrichir. De plus, les places des spectateurs sont vendues par des multinationales de téléphonie mobile et non par les habitants locaux.

Conclusion :

Nous ne remettons pas ici en cause l’importance du patrimoine culturel d’un pays, sinon la façon dont il est exprimé. En ce qui concerne la Bolivie, l’histoire de cette stratégie de soumission des peuples a aussi permis à certaines expressions culturelles de se créer ou de survivre.

Cependant, il paraît inapproprié que des sommes si importantes d’argent soient gaspillées par les ménages des classes moyennes. Tout l’argent dépensé pour la Vierge de Socavón de la mine d’Oruro pourrait plutôt être utilisé pour payer des études, entretenir les fondations de la maison, ou encore payer des soins médicaux, quand on sait que la santé et l’éducation sont payantes en Bolivie…

Marine Faillettaz, La Paz, Bolivie.

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Conte tibétain – Le père « d’Aussi connu que la Lune »

Un homme très pauvre, ayant durement travaillé, avait réussi à amasser tout un sac de grain.
Il en était très fier et, quand il rentra chez lui, il accrocha le sac à une poutre de sa maison au moyen d’une corde, pour le mettre à l’abri des rats et des voleurs. Quand le sac fut suspendu, pour plus de sûreté, il s’installa dessous afin d’y passer la nuit.

Allongé là, son esprit se mit à vagabonder : « Si je peux vendre ce grain par petites quantités, j’en tirerai un plus grand profit … Je pourrai alors en acheter d’autre et recommencer la même opération ; d’ici peu, je serai riche et je deviendrai quelqu’un dans la communauté. Toutes les filles s’intéresseront à moi. J’épouserai une belle femme et, bientôt, nous aurons un enfant … Ce sera un fils, évidemment. ..

Comment pourrions-nous bien l’appeler ? » Laissant son regard errer dans la pièce, il aperçut, par la petite fenêtre, la lune qui se levait.
« Quel signe ! » pensa-t-il. « Voilà qui est de bon augure ! C’est un nom parfait, vraiment : je l’appellerai « Aussi Connu que la Lune » … » Mais, tandis qu’il spéculait de la sorte, un rat s’était frayé un chemin jusqu’au sac et en avait rongé la corde. A l’instant même où les mots « Aussi Connu que la Lune » sortirent de ses lèvres, le sac de grain tomba du plafond, le tuant sur le coup.

« Aussi Connu que la Lune », cela va sans dire, ne vit jamais le jour.

Sogyal Rinpoché , Le livre tibétain de la vie et de la mort, , ed. de La Table Ronde, Paris, 1993.

 

 

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[AFP] Maroc: mort d’un militant du Mouvement du 20 février lors d’un sit-in

Safi (Maroc) – Un chômeur, militant du Mouvement contestataire du 20 février, est décédé en tombant d’un toit lors d’un sit-in, à Safi (150 km au sud de Rabat) dans la nuit de mercredi à jeudi, ont déclaré des témoins et une source policière à l’AFP.

Mohammed Boudouroua, 38 ans, est décédé, poussé par un policier qui cherchait à le déloger, en tombant du toit de l’immeuble abritant l’Agence de l’Emploi (ANAPEC), a déclaré Hakim Sikouk, enseignant et militant à l’Association marocaine des droits de l’homme.

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No nos equivoquemos de enemigos

Guillaume Jacquemart, 19/09/2011

Los políticos son maestros en el arte de engañarnos. La mejor de sus técnicas es esconder una verdad incómoda discutiendo una mentira que va a desviar la mirada de un problema real. El famoso « juguetito » del cual hablaba mi amigo Abdeslam en uno de sus artículos. Pero cuando la verdad que incomoda se vuelve importante, muy visible, la mentira ya no parece tan grande para poder ocultarlo.

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