L’Europe prête à couper les vivres aux plus démunis

Myeurop.info, 20/09/2011

Le sort de plusieurs millions d’Européens démunis dépend des ministres de l’Agriculture de l’UE. Ils se réunissent aujourd’hui. L’Allemagne souhaite couper les vivres. Mais face à la mobilisation des associations d’aide, qui évoquent un risque de « tsunami alimentaire », la décision pourrait être, au moins, reportée.

Les présidents des quatre associations françaises qui bénéficient du Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) – la Croix-Rouge, le Secours Populaire français, les Restos du cœur et la Fédération française des banques alimentaires (FFBA) – avaient organisé hier une conférence de presse qui ressemblait à un conseil de guerre. L’offensive consistait en la reconquête des subsides que le PEAD a perdus : en 2012, le dispositif, créé en 1986 par Jacques Delors et financé par 1% de la Politique agricole commune (PAC), ne bénéficiera que de 113 millions d’euros contre 500 millions en 2011.

La Cour de justice européenne de l’Union européenne (CJUE) avait, en effet, décidé, en avril dernier, de donner raison à l’Allemagne qui jugeait illégal l’achat de denrées alimentaires sur le marché mondial. Achats devenu nécessaires depuis que les stocks de nourriture européens ont été réduits à peau de chagrin lors de la réforme de la PAC et de ses excédents. Elle liquidait ainsi la principale source de ravitaillement du PEAD, et donc des associations d’aide aux plus démunis. Le Conseil des ministres européens de l’agriculture doit décider de l’avenir du PEAD en 2012.

130 millions de repas

Depuis avril, les associations ont entrepris de « mettre une pression tous azimuts », selon Olivier Berthe, président des Restos du cœur, pour porter à la connaissance du public et des hommes politiques le danger qui plane sur l’aide alimentaire en Europe.

130 millions de repas ne pourront pas être distribués par les associations françaises en 2012 et 2013 si rien n’est fait. Pour Julien Lauprêtre, président du SPF, un risque de « tsunami alimentaire » est réel. Le PEAD représente en effet 23 à 55% des denrées distribuées par les associations françaises.

« L’Europe, région sinistrée »

Les enjeux ne sont pas simplement français. Le PEAD profite à 13 millions d’Européens, représente 90% de l’aide alimentaire distribuée par les associations polonaises, les deux-tiers de celle distribuée par les associations italiennes »

indique Alain Seugé, président de la FFBA. Julien Lauprêtre constate, lui, que la pauvreté progresse toujours plus : 13,5% de Français vivent sous le seuil de pauvreté, 1,9 million sont des travailleurs pauvres, 2,4 millions d’enfants viennent de familles pauvres, le niveau de vie médian n’est que de 19 080€ par an…

Et les demandes auprès du SPF ont augmenté de 15 à 20% en une année.

C’est l’époque des « sans », a avancé Julien Lauprêtre : sans nourriture, sans éducation, sans loisirs, sans culture. Le constat est le même partout, l’Europe est une région sinistrée. »

Comment a-t-on pu arriver à la remise en cause du budget de la PEAD ? Le recours de l’Allemagne devant la CJUE n’est pas anodin. « Cela fait cinq ans qu’elle adopte cette attitude », dénonce Olivier Berthe. « Tout en dénonçant l’illégalité de l’achat de denrées sur les marchés, elle s’oppose à toute évolution du PEAD pour qu’il retrouve de la force ».L’Allemagne est le chef de file d’une minorité de blocage constituée de sept pays, incluant le Royaume-Uni, l’Autriche, le Danemark, la Suède, la République tchèque et les Pays-Bas, et refusant une réforme.

Autres sources de financement

Le sort du PEAD se joue d’abord aujourd’hui, au Conseil des ministres de l’agriculture européens. Selon Olivier Berthe, comme c’est la première fois que le sujet est abordé à cette échelle,

« on voudrait au moins que les ministres repoussent leur décision de trois semaines. Il suffit qu’un ou deux des sept pays de la minorité de blocage changent d’avis. L’objectif à terme est de réformer pour rendre légal l’achat de nourriture sur les marchés ».

Et la France dans tout ça ? Les quatre associations se sont félicitées de la position du gouvernement, qui soutient leurs revendications. Pour Olivier Berthe, il y a un coup à jouer.« J’espère que le gouvernement s’engagera farouchement en faveur d’une réforme. La France a un poids conséquent dans la politique européenne, et surtout dans la PAC ».

Pas avant les présidentielles

Ce matin sur RTL, Bruno Le Maire, le ministre de l’agriculture français, a indiqué vouloir initier une réflexion sur « un autre budget européen, si ce qui gêne les Allemands et un certain nombre de pays est le fait de financer l’aide alimentaire d’urgence sur le budget de la PAC. Je ne suis pas buté, je suis tout à fait prêt à regarder d’autres sources de financements ».

Didier Piard, directeur de l’action sociale de la Croix-Rouge française va dans ce sens, quand il propose que le PEAD soit « intégré au Fonds social européen (FSE), à l’occasion de la réforme de la PAC prévue en 2014 ».

Au sein des quatre associations, personne ne veut imaginer le pire : l’inaction des ministres européens. Olivier Berthe avertit :

« La volonté politique est capable de faire bouger les choses pour sauver les banques, et pas pour l’aide alimentaire ? Le message délivré à quelques mois de l’élection présidentielle serait catastrophique ».

Durand Florence.

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