Patrick Le Hyaric à l’inauguration du Village du Monde : « il faut partager la richesse au lieu de partager la dette ! »

 Humanité.fr, 17/09/2011

La-Fête- de- L'Humanité-2011

L’intervention de Patrick Le Hyaric directeur de l’Humanité et député au Parlement européen au village du monde à la Fête de l’Humanité 2011:

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs

Mesdames et Messieurs les représentants des Etats, Des journaux et des organisations progressistes du monde.

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

Bienvenue à vous toutes et tous au Village du Monde de la Fête de l’Humanité.

Avant toute autre considération, je veux dédier ce Village du monde à Troy Davis, cet américain condamné à mort en 1991 pour le meurtre d’un policier et dont l’exécution est prévue pour mercredi à 21h.

Sa culpabilité est largement mise en doute par les rétractations de 7 des témoins qui l’accusaient sur 9. A trois reprises déjà l’exécution de Troy a été reportée. Mercredi, c’est le quatrième rendez-vous qu’un juge lui donne avec sa propre mort.

Le comité des grâces de Géorgie se prononcera lundi sur une éventuelle suspension de l’exécution.

Alors tous ces jours, l’humanité, réunie ici, doit faire entendre sa voix pour la vie de Troy, pour la liberté de Mumia Abu-Jamal , pour la vie d’Hank Skinner et de tous les condamnés à mort de part le monde.
Mesdames, Messieurs

Chers amis, chers camarades

Merci à celles et ceux qui travaillent depuis des mois à la construction de ce village, caisse de résonnance des luttes et des espoirs des progressistes du monde entier, des combats et des espérances des peuples.

Ces peuples qui font l’histoire.

Ces peuples qui ont décidé de reprendre leur destin en main parce qu’ils ne supportent plus la soumission et la domination, l’exploitation et la corruption, les dictatures et les privations quand une minorité de possédants se gavent de la spéculation sur les places boursières.

Oui, dans le monde entier, en ce moment même, face à une crise globale, totale, du capitalisme financier mondialisé, les peuples se lèvent pour réclamer la justice, l’égalité, la démocratie, la liberté, une manière plus fraternelle d’être ensemble, un monde mis en commun et non plus divisé par la concurrence inventée et organisée pour satisfaire les gros requins de la finance mondiale.

De Santiago du Chili à Athènes, de Tunis au Caire, de Rome à Lisbonne, de Damas à Tel-Aviv, de Londres aux capitales africaines, un puissant désir de changement, un puissant vent de révolte parcourt les rues, les quartiers, les écoles, les usines et les champs.

On a parlé de « printemps arabes » en plein hiver.

Mais cette année le printemps dure longtemps.

Il dure longtemps parce que le combat pour la justice et la démocratie, le combat pour la dignité, la liberté et la souveraineté populaire est un chemin parfois long, chaotique. Bref, la révolution, la métamorphose ne peuvent être que processus et l’œuvre des peuples eux-mêmes.

Nos amis Tunisiens, Egyptiens, et tous les autres peuvent être sûrs que nous serons à leur côté pour la réussite des processus démocratiques des constituantes.

Ils peuvent être sûrs que nous agirons sans cesse pour la souveraineté économique de ces pays.

L’Union européenne, la France, les banques européennes doivent annuler les dettes illégitimes de ces pays et restituer aux peuples les milliards et milliards d’euros qui leur ont été volés par les dictateurs, pendant que certains de nos dirigeants passaient de belles vacances gratuites, aux frais de ces dictatures corrompues.

Il s’est même trouvé une ministre des affaires étrangères, qui, après avoir proposé au sinistre Ben Ali des balles pour armer les fusils qui visaient le peuple de Tunis, est allée survoler les manifestations avec un avion du clan au pouvoir.

Oui, Amis, nous avons un devoir de réparation vis-à-vis de ces peuples. Il faut leur rendre leur argent volé.

Agissons pour que des deux rives de la Méditerranée émerge une vraie solidarité, une vraie coopération euro-méditerranéenne.

Voilà pourquoi il faut inventer une sorte de  plan Marshall pour aider à la reconstruction des pays, à une vraie relance dans ces pays, en mettant à contribution les banques européennes et la Banque centrale européenne.

 

Oui, une vraie politique de partenariat solidaire coopératif, en lieu et place des tentatives de domination colonialiste.

En lieu et place de cette abjecte politique dite d’immigration qui laisse mourir noyés des jeunes, des travailleurs qui tentent de rejoindre l’Europe.

Honte aux gouvernements italien et français !

Honte à cette Europe pour le traitement qu’elle inflige à ces femmes, ces hommes et ces enfants déchirés, déracinés, fuyant la violence, la misère vers des pays où ils imaginent leurs droits respectés et qui arrivant ici n’ont devant eux qu’une demie vie à vivre dans la clandestinité et la peur des rafles.

Et quand en plus des ministres irresponsables soufflent sur les braises du racisme et désignent des boucs émissaires selon leurs origines, la situation critique où tout peut basculer dans l’affreux, est là. Nous, les progressistes nous cultivons, cultiverons sans cesse la fraternité, l’échange et le respect de l’être humain.

Le temps est venu de faire respecter le droit des jeunes et des hommes à décider par eux-mêmes de leur propre avenir.

Le temps est venu de se donner la main contre les puissants de ce monde.

L’espoir pourrait aussi se lever à Ramallah et à Gaza.

En effet, nous soutenons avec énergie, ce fait historique que, mardi prochain, 20 septembre, Mahmoud Abbas et l’autorité palestinienne déposeront leur demande d’adhésion à l’Organisation des Nations-Unies.

La Palestine aujourd’hui colonisée, occupée, encagée, emmurée, la Palestine bombardée depuis tant et tant d’année, peut alors devenir le 194ème  Etat membre de l’Organisation des Nations-Unies.

Un appel mondial pour la reconnaissance de l’Etat palestinien a été lancé. Faisons en sorte que cette exigence devienne irrésistible, incontournable en signant et en faisant signer cet appel.

C’est la justice.

L’Etat d’Israël existe depuis longtemps.

Le vent de la liberté, de la démocratie, du droit international ne s’impose pas qu’à Ben Ali, Moubarak et Kadhafi ou Bachar El Assad. Il doit s’imposer aussi à la direction israélienne ultraréactionnaire.

Celle qui a instauré l’apartheid.

Celle qui détruit les maisons à Jérusalem-Est et qui enlève les papiers d’identité aux enfants de cette ville.

Celle qui bombarde Gaza et en fait une prison pour plus d’un million de Palestiniens.

Celle qui pille l’eau et les bonnes terres.

Celle qui emprisonne près de 9000 Palestiniens dont une bonne partie de parlementaires, au premier rang desquels Marwan Barghouti.

Celle qui détient depuis exactement 2372 jours notre ami, notre frère, le jeune franco-palestinien Salah Hamouri.

Oui, de cette Fête faisons entendre, à travers le monde ce cri épris de justice.

Un Etat Palestinien viable dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, l’arrêt de la colonisation et le démantèlement des colonies, la destruction du mur et des check-point, la fin du blocus sur Gaza, la libération de tous les prisonniers politiques, le retour des réfugiés.

L’oligarchie guerrière et corrompue de la direction israélienne doit baisser pavillon et elle doit baisser pavillon maintenant !

Et les Etats-Unis, la France, l’Union européenne doivent cesser non seulement de tergiverser comme ils le font depuis quelques jours. Mais les phrases prononcées par le Président Obama hier soir disant que la proposition de Mahmoud Abbas, je le cite : « était une diversion contreproductive et qu’il fallait reprendre, paraît-il, des négociations » est un coup de poignard contre la liberté, contre la paix, contre la souveraineté possible d’un peuple qui a droit à son Etat et à ses terres.

De cette Fête de l’Humanité nous disons à Mrs Sarkozy, Obama, Merkel, Barroso et toute cette clique : Messieurs comment se fait-il que vous arriviez si rapidement en quelques heures à vous mettre d’accord pour déclencher des guerres à travers le monde, pour tuer des femmes et des enfants ? Comment se fait-il que vous puissiez prendre des décisions très promptes contre les peuples ? Et que là, non seulement il faut 67 ans pour donner à un peuple de la terre sa patrie, mais de surcroît il y a le droit international que vous avez bafoué, et aujourd’hui vous refusez de reconnaître cet Etat. Voilà pourquoi, chers amis et camarade il faut soutenir, soutenir, se battre faire entendre notre voix pour que la Palestine devienne dés la semaine prochaine et les semaines suivantes, le 194ème état de l’ONU.

Oui, redisons le et avec force : Palestine vaincra, Palestine vivra !

Le peuple israélien lui-même ne supporte plus ces politiques qui appauvrissent les familles populaires.

Il ne supporte plus de se priver pour payer une armée de colonisation et de destruction de Gaza et de Jénine !

Comme ailleurs, il remet en cause cet ultralibéralisme alors que les petites provocations aux frontières et l’orchestration de la haine ne peuvent plus faire diversion.

On ne peut donc que se réjouir des printemps arabes et refuser de laisser la direction israélienne imposer l’hiver glacial sur la Palestine.

La tempête des révoltes qui parcourt le monde, met en cause le système lui-même, ce capitalisme financier mondialisé.

C’est un système criminel. Il conduit à la mort par famine un enfant de moins de cinq ans toutes les cinq secondes !

Il fait qu’un milliard d’être humains n’a pas accès aux biens communs humains !

Les paradis fiscaux regorgent de 10 000 milliards de dollars, mais on n’a pas trouvé cet été les deux milliards indispensables pour venir en aide aux populations affamées dans la corne de l’Afrique.

Le budget militaire des Etats-Unis est de 600 milliards de dollars et chaque jour on brûle des milliards dans des guerres absurdes, en Irak et en Afghanistan, mais on ne trouve pas, paraît-il, les quelques milliards indispensables pour permettre à toutes et tous d’accéder à l’eau potable ou aux médicaments.

Décidemment, ce monde a l’apparence du chaos.

Mais il a sa propre logique : le capitalisme est un antihumanisme.

Il est inscrit dans les gènes du système lui-même de produire inégalités, injustices, exploitation domination.

C’est à cause de cette logique que la crise est si profonde, si globale et si totale, parce qu’elle touche le monde entier, tous les aspects de la vie des citoyens, les équilibres environnementaux de la terre.

C’est parce que l’argent du travail est pillé par une petite minorité de dictateurs, de détenteurs de capitaux de plus en plus spéculateurs, que la crise s’approfondit et peut nous amener dans un précipice.

La moitié de la population survit avec moins de deux dollars par jour, alors que les 25 personnes les plus riches du monde ont un patrimoine dépassant les richesses des pays d’Afrique !

Il n’y a pas d’issue à la crise sans remettre en cause cette logique capitaliste et sans commencer par répartir autrement les richesses, tout en repensant totalement les méthodes de production, les modes de consommations.

Bref, c’est d’un changement de civilisation dont il s’agit.

C’est la réalisation de l’Humanité combinant justice sociale et justice environnementale qui devrait être notre projet commun.

Un projet pour les êtres humains et non plus pour l’argent-roi.

Cet appel à inventer, dans l’unité, autre chose, un autre monde, parcourt en ce moment même la planète dans les actions et les slogans.

Indignés de tous les pays :

Unissons-nous pour d’autres choix.

Unissons-nous pour faire cesser cette spéculation mortifère.

Unissons-nos pour obtenir la taxation des mouvements spéculatifs de capitaux.

Unissons-nous pour fermer les paradis fiscaux.

Unissons-nous pour cesser de gaspiller l’argent dans le surarmement et la guerre et l’orienter vers l’éducation, l’alimentation, la santé, la culture.

Le Mouvement de la paix a raison de demander un abaissement des dépenses militaires de moitié d’ici dix ans.

Unissons-nous pour obtenir un autre développement humain durable.

Pour cela il faudra inventer un processus nouveau de transition écologique de nos modes de production et de consommation ; inventer de nouvelles technologies d’avenir ; une alliance nouvelle entre la vie humaine et le respect de la nature et de l’environnement.

Unissons-nous pour transformer radicalement les institutions internationales.

L’enjeu est très important. Il s’agirait d’inventer  un processus encore plus important, plus solidaire que les accords de Bretton-Wood, au sortir de la seconde guerre mondiale.

C’est à une réforme mondiale, de portée révolutionnaire, misant non plus sur la concurrence capitaliste mais sur la coopération, la mise en commun, la construction d’un monde commun aux êtres humains, que nous devons nous attaquer.

En ce sens, la création d’une monnaie commune mondiale est à l’ordre du jour, comme le propose la Chine au G20.

Mais c’est l’ensemble des activités humaines, sociales, économiques, politiques, qui doivent être mises en commun, sous l’égide et avec la participation des peuples.

On ne résoudra pas les énormes problèmes pour l’accès à l’énergie, à la santé, à l’alimentation, sans partage, sans mise en commun.

C’est un peu le sens de ce qu’essayent de faire nos amis d’Amérique Latine, que je salue fraternellement, en créant leur zone de libre échange équitable et l’alliance bolivarienne des peuples.

C’est le sens que nous aimerions donner à l’Europe. Une Europe solidaire, une Europe sociale, une Europe des travailleurs et de la jeunesse, une Europe démocratique, une Europe écologique qui serait nécessaire aujourd’hui pour la sortie de la crise dans laquelle elle s’enfonce, au point de se fracasser contre le mur de l’argent.

Tout montre aujourd’hui -et bien au-delà de ce que nous aurions imaginé à l’époque- que nous avons eu raison, mille fois raison de dire Non au traité de Maastricht, puis au projet de traité constitutionnel devenu traité de Lisbonne.

Tout montre aujourd’hui que ce sont ces principes de « libre concurrence » et de « libre échangisme intégral », de refus de mettre la Banque centrale européenne sous contrôle, cette même banque qui prête aux banques nationales à des taux quasi nuls, pour que ces mêmes banques qui s’engraissent sur le dos des Etats et des peuples, avec des taux d’intérêt prohibitifs.

Voilà la raison essentielle pour laquelle est appliquée une violente purge sociale dans toute l’Europe, de la Grèce au Portugal, de l’Irlande à l’Italie, de l’Espagne au Royaume-Uni et ici en France.

Le motif invoqué est la dette. Mais la dette ce sont eux qui l’ont creusé en faisant des cadeaux fiscaux, en réduisant l’économie et pas les taux d’intérêt.

La dette c’est le prétexte pour aller plus loin encore dans la régression sociale comme l’enjoint le fameux pacte Sarkozy-Merkel, baptisé « Pacte Euro plus ».

Celui-ci prévoit la baisse des salaires, la destruction de la sécurité sociale, du système des retraites, la privatisation des services publics, la fin des négociations collectives.

Il ne faut pas accepter ! La dette ce sont eux qui l’ont créé en impôts, en réduisant la croissance, en mettant l’argent dans les paradis fiscaux. Et ils veulent maintenant que ce soit les peuples qui payent. Il faut dire non !

Nous leurs disons non ! Ils viennent maintenant nous dire, il faut partager la dette. Et bien nous, nous disons non, Il faut partager les richesses !

Il faut mettre en échec ce « pacte des rapaces ».

Partout, avec tous les indignés d’Europe, imaginons des actions et des solutions neuves pour faire reculer les ogres de la finance et leurs petits gendarmes dans les gouvernements, à la Commission européenne et à la Banque centrale européenne, qui s’est permis de donner des ordres au gouvernement italien qui s’est empressé de s’exécuter contre le peuple italien.

Il faut changer cela et vite

D’abord exigeons un audit public citoyen de la nature des causes de la dette.

Harmonisons les fiscalités européennes, non plus pour faire des cadeaux aux plus riches, mais au contraire pour les rendre plus juste !

Agissons pour instituer partout un salaire minimum et un revenu minimum.

Agissons pour éradiquer la pauvreté, éradiquer le chômage.

Au lieu de ce fonds financier qui sert à nourrir les banques et les rapaces de la finance contre les Etats, nous proposons de le transformer en un fonds pour le développement humain, social, écologique en étant alimenté par une taxe sur les transactions financières, l’argent public déjà versé et la création de monnaie par la Banque centrale européenne.

Ce grand fonds européen solidaire servirait à lancer des projets d’investissements, créateurs d’emplois nouveaux dans le cadre d’un développement durable et partout à fortifier et créer de nouveaux services publics pour l’éducation, la formation, le logement, les transports, la santé.

Dans ce cadre, la Banque centrale européenne doit pouvoir acheter la dette des Etats et doit être placée surtout sous contrôle démocratique et qu’on cesse de voir ce spectacle affligeant qu’on a vu cet été où c’est le président de la BCE où avons-nous déjà vu ça qui donne des ordres à Berlusconi qui lui évidemment s’est aplati comme un petit caniche.

 

Chers amis, chers camarades, les droits mots d’ordre attachés à ce Village du monde, sont : solidarité, justice, démocratie. Ces trois mots qui ont retrouvé depuis quelques mois et partout dans le monde leur actualité. Et bien nous allons les faire vivre dans toute cette Fête de l’Humanité. Nous avons l’ambition qu’ils deviennent le projet pour l’humanité toute entière.

 

Chers amis, chers camarades, notre projet c’est un projet pour des futurs d’humanité, le mieux être, un monde solidaire, un monde fait comme le dit le programme du Front de Gauche , un programme fait pour l’humain d’abord et non plus pour les rapaces de la finance.

Faisons qu’ils deviennent une ambition pour l’humanité entière.

Merci à tous.

Je vous souhaite de beaux combats solidaires, de bons débats et une très belle de l’Humanité.

Bonne Fête de l’Humanité.

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Classé dans Voix citoyennes / Voces ciudadanas

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