Krokodil, la drogue qui dévore les junkies.

Célia Guizard, Brain Magazine

Nouvelle mode chez les junkies russes, s’injecter une désomorphine artisanale appelée Krokodil. Cherchez des vidéos de « krokodil », vous aurez de grandes chances de tomber sur ce charmant Schnappi et d’en vouloir à vie àBrain de vous avoir fait repenser à ça. Mais vous aurez aussi l’occasion de visionner des vidéos de jeunes russes en train de perdre une jambe ou un bras.

Le Krokodil serait né vers 2002 dans l’extrême Est de la Russie et la Sibérie, ce genre d’endroits où il fait bon vivre et où l’on redouble d’inventivité pour s’échapper de son quotidien. La recette ‘finement’ élaborée comprend de la codéine, un alcaloïde contenu dans le pavot somnifère, de l’iode et parfois d’autres ingrédients trouvables dans votre Bricomarché habituel : essence, dissolvant à peinture ou encore phosphore rouge (la partie rouge des paquets d’allumettes). Le Krokodil donne des effets comparables à l’héroïne mais qui ne durent qu’une heure à une heure et demi, ce qui peut parfois amener les utilisateurs à s’injecter le mélange toutes les heures.

Ceci ne serait qu’une anecdote de plus dans le monde des drogues artisanales si le Krokodil ne faisait pas littéralement disparaître ses utilisateurs. Cette drogue peut créer un abcès dès la première utilisation si elle est mal injectée. Les abcès créent ensuite des gangrènes, la chair plus très fraiche se détache. L’acidité de certains ingrédients peut même dissoudre les tissus osseux. La drogue a été nommée Krokodil car avant la déchéance, la peau prend un aspect verdâtre et rugueux. Les consommateurs en meurent généralement au bout d’un à trois ans, que ce soit d’un empoisonnement du sang, d’une pneumonie, d’une méningite ou juste de pourrissement. La question qui se pose bien sur sur vos lèvres rosies par l’effroi est pourquoi un produit aussi attrayant sur le papier se propage-t-il ? Pourquoi, selon Viktor Ivanov, le directeur du service fédéral de contrôle des narcotiques et président du comité anti-narcotique de l’état, les doses de Krokodil saisies ont été multipliées par 23 depuis 2009 ?

Krokodil

Son prix d’abord : comme toutes les drogues artisanales, elle n’est pas chère et réservée aux pauvres. Mieux : c’est grâce à des médicaments bon marché et accessibles, que les accro au krokodil peuvent se préparer leur dose, à base de Codelac, Terpincod, ou Pentalgin. Or Selon Viktor Ivanov, pour certaines pharmacies, 25 % des profits sont réalisés par la vente des médicaments contenant de la Codéine. La plus grande compagnie pharmaceutique Russe s’appelle Pharmstandard, et en 2010 elle a vu ses revenus augmenter de 23.3 %, soit environ 1000 milliards de dollars. Ah oui et c’est aussi cette compagnie qui fabrique le Terpincod, le Codelac et une partie de la production de Pentalgin, les trois médicaments les plus utilisés dans la fabrication de ces nouvelles drogues

Et tout ça pile au moment où la Russie se lance dans une grande campagne contre la toxicomanie, avec des mesures aux résultats discutables (contrôles à l’entrée des écoles) ou aux procédés rétrogrades (l’alternative chatoyante pour tout toxicomane : la prison ou la désintoxication forcée avec en bonus la thérapie par aversion). Dans un monde comme on nous le montre à la télévision, il suffirait surement que la Russie mette en place des réglementations sur la fabrication de ces médicaments. Sauf si celui qui fabrique le médicament est un ami, bien sur. Le problème c’est que selon certains médias, Pharmstandard serait dans les petits papiers de Tatiana Golikova, ministre de la santé. Viktor Kharitonin, président de Pharmstadard, est un ami de longue date de la famille Golikova-Khristensko (son mari et ministre de l’Industrie).

Pour l’instant les seuls tentatives pour limiter l’épidémie de Krokodil ont été de proposer l’interdiction de vente sans prescription. En 2009 lorsque de telles mesures ont été prises à Krasnoyarsk, une plainte a immédiatement été menée par le Service Federal anti-monopole. En 2010, la Fédération de Russie chargée du trafic de narcotiques et de leur contrôle a proposé cette même mesure au Ministère de la santé. L’avis qui devait être rendu sur la question le 1er mai 2011 a été reportée six mois plus tard. Cela fait trois ans que les Russes attendent une réglementation. Les excuses officielles : une réglementation sur les prescriptions toucherait 80 millions de patients et engendreraient des émeutes.

Le pire est que cette mesure ne réglerait pas le problème. Un médicament normalement vendu uniquement sur prescription, le Coaxil, est également très prisé. Il peut être acheté très facilement, sans ordonnance, et donne les mêmes résultats. La seule solution aujourd’hui serait de supprimer la production de médicaments bons marchés. Mais pourquoi agir lorsque la source du problème disparaît d’elle même en moins de trois ans ?

source:http://www.brain-magazine.com/news/1-general/6374-se-droguer-jusqua-disparaitre?d45ed7e42e5c5b2fc96d3da9112a7d6b=91b7e9219d7ae9c85ea4e7ef673cd338

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