Mes chères études.

J’ai été élevé dans le mensonge. C’est pas la faute des mes parents puisque eux aussi ont été dupés. On a voulu me faire croire que pour réussir professionnellement, il fallait bien travailler à l’école. Mais aussi qu’il faut avoir son bac (le Sacro-Saint !) et faire de longues et dures études universitaires. A l’aube d’intégrer le marché du travail la réalité me rattrape : presque 23% de chômage chez les jeunes, contre 9% de l’ensemble de la population active. Quoi alors ? Faire des études ne permet plus de trouver un emploi ?

« Mais si! » nous dit-on ! « Mais il faut juste être patient ! C’est la crise et vous manquez d’expérience ! Vous ne voudriez tout de même pas un CDI à la sortie de l’université ? »

Non, on voudrait juste un travail qui ait une relation avec les études que nous avons faites ! Avoir un bac +5 en Droit et continuer après la fac son job chez MacDo parce qu’on ne trouve rien d’autre est assez exaspérant ! Et puis l’expérience est une vaste connerie ! Beaucoup des jeunes diplômés se voient refuser l’accès à un emploi pour avoir la malchance d’être ‘trop qualifiés ». Il faut sous-entendre par là que ça fait chier d’embaucher un bac+5 car il faudra le payer à la hauteur de son niveau d’étude.

D’autre part, le niveau d’expérience requis pour certains postes empêche les jeunes diplômés d’y accéder. Certains demandent 3 à 5 années d’expérience. Moi je veux bien, mais si on n’arrive pas à l’avoir cette expérience ! Si personne ne nous permet de travailler à un poste du même type auparavant, comment on l’accumule?? C’est pas en continuant son job alimentaire à la caisse du Carrefour de son patelin qu’on aura l’expérience nécessaire pour un poste de chargé de communication !

Alors pour remédier à ce grand problème, on a inventé les stages ! C’est tout à fait génial comme idée ! Une entreprise peut profiter d’une main d’oeuvre à bas prix, et l’étudiant lui peut emmagasiner l’expérience dont il a besoin pour un futur emploi ! C’est kif-kif ! L’étudiant apporte les dernières connaissances d’un secteur à une entreprise (qui lui permet de rester à la page et compétitive à moindre coût) et l’étudiant, tout heureux d’accumuler plein d’expérience (quand il a la chance d’avoir autre chose qu’un  »stage photocopie ») se sent plus fort pour entrer sur le marché du travail.

Intégrer le marché du travail est un vrai combat. Très vite, l’étudiant se rend compte qu’un stage ça ne suffit pas, qu’il faut en faire un deuxième, un troisième, un quatrième… dans des conditions financières désastreuses : la rémunération minimale (quand elle existe) demandée est à la hauteur de la moitié du Smic (soit 360 euros). Difficile alors de se loger, de se nourrir et de subvenir à ses besoins… Les parents (quand ils peuvent !) restent encore la roue de secours qui ne permet pas de crouler économiquement.

Et la relation avec ces derniers peut devenir rapidement tendue… Beaucoup d’étudiants n’ont d’autres choix que de retourner vivre chez leurs parents, et ceux-ci ont du mal à comprendre pourquoi leur enfant chéri ayant fait des études n’arrive pas à quitter le nid familial et à s’envoler tout seul une bonne fois pour toute !

Au crépuscule de ma vie universitaire, je commence à me poser pas mal de questions. Qu’est-ce qu’il va se passer quand j’aurai terminé la fac en octobre ? Où je vais me retrouver ? Dans quelle situation ? C’est l’angoisse totale. Je n’ai aucune sécurité pour mon futur. Je prendrai ce qui viens, n’importe où. Et je ne parle pas de quitter mon Nord natal pour aller en Ardèche, non, je pense changer de pays s’il le faut, voir de continent vu la situation actuelle dans le reste de l’Europe (45% de chômage chez les jeunes de moins de 30 ans en Espagne).

Je ne regrette aucunement le parcours universitaire que j’ai réalisé (licence d’histoire et master de coopération internationale). J’ai pu acquérir des connaissances qui me permettent de comprendre le monde dans lequel je vis, et de m’indigner (le mot à la mode) de ce que je peux voir et entendre. Je me dis même souvent que mes études servent uniquement à me rendre bien compte de la merde dans laquelle je suis.

Si elle ne nous permet pas de manger, la conscience sociale que nous avons acquise durant nos études doit nous servir à nous bouger pour nous mobiliser contre ce que nous dénonçons. Ça n’est pas pour rien que les étudiants des sciences sociales et humaines sont toujours en première ligne lors des mouvements sociaux. Il n’est pas surprenant non plus de voir que le mouvement des indignés espagnols est né à la faculté de Madrid.

 »Sans travail, sans logement, sans peur » voilà les premières motivations qui ont poussé la jeunesse espagnole à prendre les places et les rues d’Espagne. Apparemment en France le mouvement à des difficultés à se développer, pourtant nous aussi nous sommes  »sans travail et sans logement ». Nous avons rien à perdre et tout à gagner, mais reste à savoir maintenant si nous sommes  »sans peur ».

Guillaume Jacquemart

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