Les jeunes Marocains rejettent l’absolutisme.

Par Marc Mahuzier, OuestFrance, 17/06/2011

Ils contestent les pouvoirs du roi Mohamed VI, souverain de droit divin. Les uns veulentla République, les autres une monarchie parlementaire. « M6 » temporise et promet une réforme.

Le vent de liberté qui souffle sur le monde arabe a franchi les montagnes de l’Atlas. Au Maroc, ce n’est pas la tempête qui a emporté Ben Ali, Moubarak et menace Kadhafi. Plutôt des bourrasques qui, par périodes régulières, traversent le pays et secouent le pouvoir.

Ce dimanche 5 juin, c’est jour de manif. Plusieurs dizaines de villes doivent participer aux marches initiées par le Mouvement du 20-Février. À Rabat, la capitale, c’est devant l’entrée de la Medina que se sont donné rendez-vous les contestataires. À quelques pas de là, au siège de l’Association marocaine des droits humains, dans une ruelle calme, près d’un club d’haltérophilie et du local des scouts marocains, c’est la veillée d’armes. Beaucoup de ses adhérents militent aussi au « Vingt ».

Petite et grande corruption

La police laissera-t-elle défiler, en dépit de l’interdiction faite aux organisateurs ? Ou bien va-t-elle taper ? La fois précédente, les matraques des nervis de sa majesté ont fait des blessés. Yassin, 18 ans, montre la photo de son cuir chevelu éclaté qu’il s’est empressé de mettre en ligne sur Facebook.

À vrai dire, le pouvoir semble bien hésitant quant à l’attitude à adopter. « Il ne sait pas quoi faire : opter pour le tout sécuritaire, ou bien lâcher du lest », confirme Khalid Jamaï, vieux journaliste d’opposition qui a goûté en son temps aux geôles d’Hassan II.

Les jeunes du « Vingt » ne réclament pas seulement la fin de la monarchie absolue et l’instauration d’une vraie démocratie. Ils dénoncent la corruption. La grande, celle dumakhzen, ce réseau typiquement marocain qui mélange milieux d’affaires, proches du roi et hauts fonctionnaires. Et la petite, que l’on rencontre dans la vie courante, « à l’hôpital quand il faut donner un petit billet de 20 dirhams (2 €) pour avoir un rendez-vous ou pour que l’infirmière fasse le pansement », dénonce Khadija Ryadi, la présidente de l’Association marocaine des droits humains.

Face à cette fronde, Mohamed VI a lâché du lest. Le 9 mars, à la surprise générale, il a annoncé une nouvelle Constitution et nommé une commission de dix-neuf sages, chargés de lui présenter un projet. Le souverain s’est dit prêt à abdiquer une partie de son pouvoir au profit d’un gouvernement issu d’élections. « C’est de la mascarade, je n’y crois pas une seule seconde », rigole amèrement Khalid Jamaï.

Même opinion chez les militants du 20-Février, dont pas un ne donne crédit à la promesse de réforme. Il s’attendent à une Constitution modifiée a minima et entérinée par un referendum national. Le pouvoir aurait beau jeu ensuite d’accuser les contestataires de ne pas respecter la volonté du peuple. « On aura laissé passer l’occasion et ce sera reparti pour au moins vingt ans », s’alarme Khadija Ryadi.

De toute façon, « Mohamed VI n’entend pas renoncer à son statut de commandeur des croyants. Quelle que soit la nouvelle Constitution, il va rester un monarque absolu, puisque de droit divin », analyse Ali Amar, auteur d’un livre très critique sur le souverain, interdit dans le pays.

Les propositions de la commission devaient être remises au palais mercredi. On va bientôt en savoir plus sur ce qui se dessine. Le pouvoir entend-il jusque-là calmer le jeu ? En tout cas, ces deux derniers dimanches, les matraques policières sont restées dans les étuis. Pas un blessé dans aucune des villes où les manifestants ont défilé.

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