La longue marche des inexistants (2/3)

Deuxième partie du  reportage réalisé par Hugo Papazian et Abdeslam Ziou Ziou, étudiants en Master 1 Relations interculturelles et coopération internationale, en stage professionnel au Mexique. Première partie ici

photo : “Estamos Hasta La Madre de Morir de Hambre”

  »Nous en avons marre de mourir de Faim »

8 Mai 2011, Mexico DF

La politique de la terreur.            

Tout cela à un nom bien spécifique, la politique de la terreur. Contrôler par la terreur. Il faut se remémorer le Mexique entre 1994 et 2006. De forts mouvements sociaux secouent tout le pays, ce que l’on réduit à la problématique indigène surgit, pour revendiquer une reconnaissance et des droits fondamentaux. Partage des richesses, saturation sociale, des inégalités structurelles, un pays où prés de 60% de la population vit en dessous ou autour du seuil de pauvreté . Rappelons aussi, que l’homme le plus riche de la planète est Carlos Slim et, est mexicain. Loin d’être le signe de la réussite du modèle mexicain, cela montre une constante : s’il y a des millionnaires c’est que de l’autre coté existent des miséreux.

APPO( Assemblée Populaire du Peuple d’Oaxaca) 2006 à Oaxaca, l’EZLN( Armée Zapatiste de Libération Nationale) au Chiapas, des milliers de mini mouvements sociaux localisés dans plusieurs centaines de municipalités. Le pays est bien en ébullition. La volonté de porter au pouvoir une autre personnalité que les politiques classiques du PAN ou du PRI indique une réelle volonté de changement, pour que les politiques prennent le curseur de la volonté populaire et non plus celle des intérêts privés

Alors face à tant d’arrogance politique, et d’ébullition sociale, il faut reprendre le tout en main. La guerre contre le narcotrafic permet le déploiement de l’armée dans le pays, pour remplir des fonctions de police. Tout une partie du pays sera militarisée en suivant l’argument de la lutte contre le trafic.

Une guerre nécessite la mobilisation de la fibre patriotique des citoyens. Il existe dans l’histoire contemporaine de multiples exemples de guerres qui sont d’abord des guerres internes visant à noyer la contestation sociale dans un sentiment nationaliste, mobilisant les foules, contrôlant les rues, et militarisant les conflits sociaux. Le Vietnam en est un exemple flagrant. La guerre en Irak aussi, les îles Malouines pour la dictature Argentine en est encore un autre.

« Le néo-libéralisme alimente et génère […] des situations de chaos, de torpeur généralisée pour mieux faire passer ses réformes et assurer la mainmise sur le marché. »

Tout cela dans un contexte général de changement politique dans le cône sud. Chavez au Venezuela, Morales en Bolivie, Correa qui suivra en Equateur. Le continent latino-américain est en ébullition, ce qui à la base est une revendication indigène, se transforme en révolte politique et social. Il se trouve que dans la pensée des peuples originaires, l’individu est indissociable du territoire dans lequel il vit. Le territoire non pas seulement géographique, mais aussi naturel, dans son acceptation non biologique. Englobant, l’environnement dans lequel vit une communauté et les conditions de son devenir et de son émancipation. On ne peut donc réduire le mouvement des peuples originaires à une simple revendication identitaire ou culturelle, c’est un changement profond de mode de relation aux pouvoirs que ce mouvement exprime. Une relation prenant en compte non seulement l’individu mais le territoire dans son acceptation globale.

Naomi Klein dans son livre « La stratégie du choc », décrit de façon très documentée, la façon dont le néo-libéralisme alimente et génère[ petite précision : génère ne veut pas dire crée de toutes pièces, pour ceux qui critiquent Naomi Klein comme une théoricienne du complot, générer signifie mettre en place les conditions de l’explosion du chaos-ndlr] des situations de chaos, de torpeur généralisée pour mieux faire passer ses réformes et assurer la mainmise sur le marché. En prenant l’histoire contemporaine elle nous rappelle à travers l’expérience chilienne, et les différentes crises du capitalisme contemporain, l’avancée des réformes néolibérales et la détérioration du pacte social. Cette analyse peut très bien être appliquée au Mexique. Pendant la guerre, les réformes néolibérales avancent à pas de géant, la dernière réforme du code du travail et la nouvelle loi de sécurité intérieure, extrêmement liberticide nous en donne un exemple concret [Pour les lecteurs hispanophones le site web de la revue Proceso analyse ces deux réformes et leurs répercussions sur les luttes sociales au Mexique].

Le but extrême de ces politiques est de créé un ennemi intérieur capable de mobiliser les consciences, de provoquer la peur, le manque de confiance en la force créatrice du peuple pour se soumettre à un éventuel sauveur qui pourra sortir le pays de la crise. Il s’agit ici d’une guerre interne pour pouvoir sauvegarder l’ordre social tel qu’il est, et permettre à la classe dirigeante de continuer à faire main basse sur les richesses et les ressources du pays.

Cette politique aussi, comme le rappelle Javier Sicilia, est une volonté de la part des États-Unis d’entretenir le secteur de l’armement par la double vente d’armes de combat à la fois aux pouvoirs en place et aux narcotrafiquants. De plus avec son marché millionnaire de consommateurs de drogue, les États-Unis souhaite délocaliser la lutte contre le narcotrafic au delà de ses terres en « dessinant une politique sécuritaire dont la logique répond fondamentalement à ses intérêts globaux où le Mexique est resté prisonnier ».

Cette politique de la terreur semble fonctionner, pour l’instant, puisque comme, nous l’ont répété beaucoup de mexicains : « les problèmes sont tellement nombreux que l’on ne sait pas par où commencer pour les résoudre ». Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir la tension générale qui règne dans le pays.

          

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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